Hommage à RBO: des politiciens inspirés?
Dans cette époque d’hypercynisme, de crise de confiance inégalée envers les gouvernements et de désengagement du citoyen, un seul corps de métier continue de défier la classe dirigeante sans relâche: les humoristes! C’est sans doute un peu pour cet ineffable intérêt que leur portent les clowns que les politiciens sont unanimes dans leur admiration de ceux qui les aiment bien en les châtiant si bien. Après «La petite vie» l’an dernier, c’était au tour de RBO cette semaine de recevoir une accolade universelle à l’Assemblée nationale.
Rien de nouveau dans le fait d’avoir des petits comiques au Parlement direz-vous. Mais quand un politicien, Yves-François Blanchet du PQ et député de Drummond, pour ne pas le nommer, propose une motion pour honorer un groupe qui se moque de la classe politique depuis ses débuts il y a 30 ans, il y a de quoi avoir un sourire en coin. Sourire en coin qui s’est transformé en sourire à pleines dents alors que l’hommage à André Ducharme, Yves P. Pelletier, Richard Z. Sirois, Chantal Franke, Guy A. Lepage, Bruno Landry et au gérant Jacques K. Primeau s’est transformé en concours du «politicien qui se serait le plus brillant et le plus drôle». Dès lors, cette médaille d’honneur aura été une rare occasion de constater que les politiciens sont aussi des êtres intelligents, capables de synthèse et d’analyse…avec le sens du punch. «Et parce qu’ils n’ont pas tous du talent…il y en a même un qui est pris pour animer de la variété à Radio-Canada», a lancé M. Blanchet dans son laïus en exposant sarcastiquement comment les membres de RBO étaient devenus des hasbeens après la séparation du groupe.
Plus loin il ajoute: «RBO aura même été un courageux précurseur, avant même que l’Assemblée ne débatte de la présence du symbole religieux au-dessus de la tête de notre auguste président (de l’Assemblée), ils avaient fait de cette croix un surf volant avec dessus Super Jésus qui relançait la religion à grands coups de marketing qui n’avaient rien à envier au logo de la CAQ.» Mais c’est au député de Québec Solidaire Amir Khadir que revient la palme du monologue ce jour-là. Lui qui a faussement déchiré sa chemise en dénonçant l’irrévérence du groupe, lui qui avait appris à se tenir, à ne jamais dépasser grâce à sa mère qui lui interdisait l’écoute de l’émission de RBO à TQS, par crainte qu’il s’inspire de leur comportement marginal. Un moment surréaliste, presque. Que faut-il comprendre de cette tendance des politiciens à rendre hommage à l’humoriste? On peut y voir une volonté d’attirer l’attention, de se montrer sympathique face à l’oeil critique du public. On peut aussi se rassurer que les hommes et femmes de pouvoir, ceux qui nous représentent, possèdent un solide sens de l’humour et de l’autodérision: ce qui est en soi un signe de santé de la société.